22 Juin
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Pinot, son meilleur chrono de l’année !

Contrairement aux apparences, la dernière étape chronométrée du Tour de Suisse ne peut pas être considérée comme un échec personnel pour Thibaut Pinot. Le Français a perdu lors de cette ultime journée son maillot de leader, il est même tombé du podium, mais paradoxalement, cet ultime contre-la-montre est venu confirmer les progrès spectaculaires qu'il a réalisé dans ce registre.

 

Que n’a-t-on pas lu ou entendu sur le leader français depuis 3 jours, à l’occasion du Tour de Suisse qu’il vient de terminer à la 4ème place : « Il n’est pas assez vigilant », « il est déjà rapé ! », « il est moins bien sur les chronos », « pas assez régulier pour faire un favori du Tour de France ». Et finalement, l’impression souveraine laissée par Thibaut Pinot lors des 4 premières étapes de l'épreuve a rapidement été occultée par les coups de canif revanchards de ses adversaires qui ont fini par tailler en pièce son beau maillot de leader.

 

Aurait-on déjà oublié l’attitude opiniâtre du Franc-Comtois lors des arrivées mouvementées à Rotkreuz, Olivone ou Schwarzenbach ? la manière avec laquelle il a assumé son statut de favori lors de l’étape s'achevant sur le glacier de Sölden ? Doit-on préciser à nouveau que son pic de forme est programmé dans 3 semaines pour l’entrée du Tour en haute montagne.

 

En mars déjà, battu par Jean-Christophe Péraud au terme d’un Criterium International dont il était le grand favori, Thibaut inspirait des doutes sérieux sur ses aptitudes de gagneur, à l’image d’une équipe sevrée de victoire. Son dernier succès remontait à… 2012 et après 5 saisons pleines à la FDJ, il n’affichait qu’une seule victoire en World Tour : cette fameuse étape du Tour de France remportée à Porrentruy (en Suisse déjà…).

 

Le changement, c’est maintenant !

 

A 25 ans, Thibaut Pinot est précisément en train de se muer dans la peau d'un grand leader de sa génération. Sa métamorphose passe relativement inaperçue, et le connaissant, il sera probablement le dernier à s’en plaindre. Dans le prolongement de son podium obtenu sur le dernier Tour de France, le leader FDJ a fait la démonstration, début 2015, d’une régularité jamais atteinte au cours de ses années d'apprentissage : 4ème de Tirreno-Adriatico, 10ème du Tour du Pays-Basque, 4ème du Tour de Romandie, avant cette nouvelle 4ème place sur le Tour de Suisse. Ses 2 victoires d’étape - en Romandie et cette semaine - ont surement été bénéfiques à l’orgueil du champion, mais nous nous attarderons davantage ici sur les progrès réalisés en contre-la-montre, exercice incontournable dans ces épreuves huppées du calendrier.

 

Tirreno-Adriatico (mars) : Cancellara s’imposait dans le chrono de San Benedetto del Tronto (10 km), devant Adriano Malori. Thibaut Pinot se classait 19ème et leur concèdait 3 secondes et plus au km. Hier, face à ces mêmes purs rouleurs, le Français a concédé une seconde de moins au km.

 

Tour du Pays-Basque (avril) : le parcours d’Aia était une vraie course de côte, parcours très raide dans sa portion finale. Tom Dumoulin s’imposait, Thibaut Pinot cédait au Néerlandais 61 secondes sur 18 km soit 3,3 sec/km. En Suisse, Dumoulin à récidivé sur un parcours très vallonné et une distance bien plus longue. Thibaut Pinot a terminé à 1’50 soit 2,8 secondes concédées par km.

 

Tour de Romandie (mai) : Spilak prenait la 2ème place derrière le vainqueur du chrono de Lausanne, Tony Martin. Ce jour-là, Thibaut concèdait 45 secondes au Slovène sur 17 km soit 2,6 sec/km. Hier, face au même Spilak qui disputait âprement la victoire finale au Gallois Geraint Thomas, Thibaut à concédé 2,4 sec/km au Slovène et moins de 2 sec/km vis à vis de Geraint Thomas. Ce même coureur qui lui prenait l’an passé à pareille époque 3 sec/km sur son clm victorieux du Tour de Bavière.

 

Thibaut Pinot vient de fêter ses 25 ans. Il n’a probablement pas atteint la plénitude de ses moyens car ses progrès en montagne comme dans le contre-la-montre sont constants. La plupart des favoris du Tour n’étaient pas présents en Suisse, mais s'il s'étalonne de mieux en mieux par rapport aux spécialistes du chrono, il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement vis à vis des grands leaders, absents en Suisse. Pour lui comme pour les plus grands champions de ces dernières années à son âge (Contador, Nibali, Quintana, Froome, Wiggins, Evans…), le meilleur reste à venir. Thibaut peut se présenter sereinement au départ du prochain Tour de France, au cours duquel la part de chrono individuel n’excédera pas les 13,8 km de la première journée à Utrecht. A contrario, on croit savoir qu’il n’y aura pas qu’une seule véritable étape de haute montagne cette année sur la Grande Boucle !

 

Patrick Chassé